Le courant de démarrage indiqué sur l'étiquette de votre batterie, exprimé en ampères (A EN), n'est pas mesuré dans un labo à température ambiante. Il est mesuré à -18 °C. Ce choix des fabricants n'a rien d'anodin : le froid est le véritable crash-test d'une batterie. Quand le thermomètre plonge, elle perd une partie de son énergie au moment précis où le moteur lui en réclame davantage. Le froid ne détruit pas une batterie en parfaite santé du jour au lendemain, mais il met ses faiblesses à nu. Comprendre ce mécanisme, c'est déjà avoir un coup d'avance.
Pourquoi une batterie perd-elle de sa capacité quand il fait froid ?
Une réaction chimique qui tourne au ralenti
La batterie d’une voiture ne stocke pas de l'électricité comme un réservoir stocke de l'essence. Elle la produit grâce à une réaction chimique entre les plaques de plomb et l'électrolyte, un mélange d'eau et d'acide sulfurique. Or, comme la plupart des réactions chimiques, celle-ci dépend de la température.
Quand il fait froid, l'électrolyte devient plus visqueux et les échanges entre les plaques ralentissent. La résistance interne de la batterie augmente, et elle peine à délivrer un courant élevé en quelques secondes. L'énergie est toujours là, mais elle devient beaucoup plus difficile à mobiliser.
Combien de capacité perd-on selon la température ?
Pour une batterie au plomb, les ordres de grandeur couramment admis sont les suivants :
| Température | Capacité disponible (environ) |
|---|---|
| 25 °C | 100 % |
| 0 °C | 80 % |
| -18 °C | 50 % |
Autrement dit, par grand froid, une batterie pourtant chargée ne peut fournir qu'environ la moitié de ses performances habituelles.
Un autre danger guette les batteries mal chargées : le gel. Une batterie pleine résiste à des températures très basses, car son électrolyte est riche en acide. Une batterie déchargée contient à l'inverse une proportion d'eau plus importante et peut geler dès -5 à -10 °C. Le bac risque alors de se déformer et les plaques de s'abîmer de façon irréversible.
Un moteur plus gourmand au pire moment
Huile épaissie, démarreur plus sollicité
La batterie n'est pas la seule à souffrir du froid. Le moteur aussi devient plus difficile à réveiller. En refroidissant, l'huile s'épaissit et freine le mouvement des pièces internes. Le démarreur doit alors forcer davantage pour faire tourner le moteur, et il puise d'autant plus de courant dans la batterie.
Par grand froid, un moteur peut ainsi réclamer jusqu'à deux fois plus d'énergie pour démarrer qu'en conditions normales. Sur une moto, dont la batterie est bien plus compacte que celle d'une voiture, la marge de sécurité est encore plus réduite.
L'effet ciseau : moins d'énergie disponible, plus d'énergie demandée
C'est la combinaison des deux phénomènes qui rend l'hiver si redoutable. D'un côté, la batterie peut perdre jusqu'à la moitié de sa capacité. De l'autre, le moteur exige beaucoup plus de puissance pour démarrer. L'écart se creuse par les deux bouts, un peu comme une paire de ciseaux qui se referme.
À cela s'ajoutent les usages typiques de la saison : phares allumés plus longtemps, désembuage, poignées ou sièges chauffants. Tous ces équipements sollicitent la batterie alors que les trajets courts ne lui laissent pas le temps de se recharger. Une batterie neuve encaisse généralement ce cumul sans broncher. Une batterie déjà fatiguée, en revanche, finit souvent par déclarer forfait.
Plomb, AGM, gel, lithium : toutes les batteries ne craignent pas le froid de la même façon
- Plomb-acide liquide : c'est la technologie la plus sensible aux basses températures. Son électrolyte liquide perd rapidement en réactivité, et elle tolère mal les décharges profondes que l'hiver a tendance à multiplier.
- AGM : grâce à son électrolyte absorbé dans des séparateurs en fibre de verre, la batterie AGM offre une résistance interne plus faible et une excellente puissance de démarrage. C'est l'une des technologies les plus à l'aise par temps froid.
- Gel : la batterie gel supporte bien les longues immobilisations et les décharges profondes. En revanche, elle privilégie l'endurance plutôt que la puissance de démarrage pure, ce qui peut la rendre un peu moins vive lors d'un démarrage à froid.
- Lithium : légère et dotée d'une très faible autodécharge, la batterie lithium conserve bien sa charge pendant l'hiver. Elle a toutefois une particularité : elle ne doit pas être rechargée en dessous de 0 °C sans protection adaptée. Sur certaines motos, il est même conseillé d'allumer les feux quelques secondes avant de démarrer afin de « réveiller » la batterie.
Les gestes préventifs à adopter avant l'hiver
Tester sa batterie dès l'automne
Mieux vaut découvrir une batterie fatiguée en octobre que sur un parking glacial en janvier. Au repos, une batterie 12 V bien chargée affiche environ 12,6 à 12,7 V. En dessous de 12,4 V, une recharge s'impose. Pour aller plus loin que la simple tension, un testeur de batterie permet aussi d'évaluer son état de santé et sa capacité de démarrage réelle.
Maintenir la charge avec un chargeur-mainteneur
Une batterie bien chargée résiste mieux au froid et ne risque pas de geler. Pour une moto ou une voiture qui roule peu, un chargeur-mainteneur branché pendant l'immobilisation maintient le niveau de charge sans risque de surcharge. Il faut simplement choisir un modèle adapté à la technologie de la batterie.
Nettoyer les bornes et vérifier la fixation
Des bornes oxydées augmentent la résistance du circuit et accentuent les pertes dues au froid. Un nettoyage à la brosse métallique, suivi d'une fine couche de graisse de protection, suffit généralement. Profitez-en pour contrôler que la batterie est bien fixée, afin de limiter les vibrations.
Limiter les trajets courts et stationner à l'abri
Un garage, même non chauffé, peut faire gagner plusieurs degrés à la batterie. Côté conduite, regroupez vos déplacements autant que possible : un trajet d'au moins 20 à 30 minutes permet à l'alternateur de recharger réellement la batterie.
Remplacer avant la panne et bien lire le courant de démarrage
Si votre batterie a plus de quatre ou cinq ans et montre des signes de faiblesse, mieux vaut la remplacer avant les grands froids. Au moment de choisir, vérifiez le courant de démarrage (A EN) en plus de la capacité. Pour un véhicule qui reste dehors dans une région froide, privilégiez une valeur confortable, dans le respect des dimensions et des préconisations du constructeur.